Tête à tête avec

Tête-à-tête avec Christelle, une maîtresse qui fait taire les a priori!!!

23 juin 2019

Dans ce tête-à-tête, nous allons rencontrer Christelle, une enseignante, euh…. pardon, soyons précis et employons les bons mots !!! un professeur des écoles qui enseigne en REP et non en ZEP, soyons toujours aussi précis !!!!! rire. En lisant cette interview, vous allez voir, elle nous donne une autre vision de l’enseignement dans ces secteurs où c’est parfois plus difficile. Elle est drôle, passionnée, toujours en quête de réparer des injustices mais surtout, elle est amoureuse de son métier. Enseigner a toujours fait parti de ses qualités, je me souviens déjà quand elle m’aidait à réviser mes maths pour le bac, c’était hier quoi !?!? Elle a toujours su s’adapter à l’élève qu’elle a en face. Cet entretien nous prouve encore une fois qu’avec beaucoup de passion, nous pouvons réaliser des choses fantastiques.

1/ As- tu toujours voulu être institutrice en zep ou as tu été parachutée là sans trop savoir où tu allais atterrir?

Avant de commencer, en tant qu’enseignante relou comme il se doit: je vais faire un petit point vocabulaire enseignement . 😉
J’espère que tes lecteurs ne vont pas penser que je fais partie des profs trop chiants qui ne peuvent pas s’empêcher de donner des leçons ! 😉 
Simplement pour dire qu’on ne parle plus « d’institutrices » mais « de professeurs des écoles » depuis qu’on a le concours après l’obtention d’un MASTER 2.
Les zones d’éducation prioritaires ne sont plus appelées « ZEP » mais « REP » (réseau d’éducation prioritaire). Ce sont des établissements dotés de moyens supplémentaires et d’une plus grande autonomie pour faire face à des difficultés d’ordre scolaire et social.
Parmi ces écoles, il existe les REP et les REP+ réputées plus difficiles. 
C’est bon le passage relou est presque terminé. 😉 

Avant de faire le choix d’enseigner en REP +, je n’étais pas sure d’apprécier de travailler dans ces milieux dits difficiles. 
Cependant, j’ai toujours adoré relever des défis.
Avant d’être titulaire de mon poste, j’avais beaucoup travaillé en milieu rural. Puis, j’ai fait une année de remplacement et ainsi j’ai pu tester un peu tous les milieux: différentes écoles y compris le travail avec les élèves en situation de handicap. 
Je me suis rendue compte que souvent dans les milieux des rep+ les enseignants étaient souvent soudés, motivés, solidaires et beaux (Non! Ça c’est pour rire!!! ). Effectivement, je pense qu’en partageant des situations compliquées, on est un peu obligé de se serrer les coudes. 
De plus, les élèves sont souvent des élèves qui vivent des situations difficiles et qui sont très attachants. 
J’avais envie de relever le challenge et maintenant je ne veux plus partir.
Oups, je parle trop .

2/ La plupart des enseignants refusent d’aller exercer dans les secteurs difficiles, qu’est ce qui t’y plait ?

Il y a souvent des a priori sur les quartiers  et les habitants de ces quartiers dits sensibles . Cependant, quand on travaille dans ces milieux et qu’on s’y implique, on gagne rapidement la confiance des parents et des élèves; c’est assez valorisant et cela motive à faire toujours plus et du mieux possible.
Travailler dans ces quartiers, c’est enrichissant humainement et culturellement. 
Nous travaillons avec des familles qui ont besoin de nous, qui souvent ne lisent pas le français, ce qui encourage le dialogue.
Les parents deviennent rapidement de vrais partenaires de l’école et ils nous font confiance. 
Les enfants dans ces quartiers ont parfois des vraies problématiques (problèmes financiers, problèmes familiaux ou autres… ) qui les font grandir vite et qui les rendent attachants. 
Souvent, pour eux, l’école est un bon moyen de réussite dans la vie donc ils sont motivés et impliqués. 
Ils se ressemblent beaucoup ou justement leurs différences les rassemblent…
Ils ne subissent pas la discrimination ou le racisme dans l’école car ils ont beaucoup de points communs. 
Ils ont de vraies valeurs et sont très solidaires entre eux. 
En classe, ils s’entraident énormément et avancent ensemble.
C’est rare de voir autant de coopération entre enfants. 
Pour nous, les enseignants, c’est passionnant de profiter de cette culture fraternelle et pleine de cohésion. 
On se sent vraiment utile en travaillant avec ces familles et c’est extrêmement gratifiant. 

C’était le tome 2 de mon roman de prof relou!
Il reste des lecteurs ? 

3/ Quelles sont les difficultés que tu rencontres au quotidien ?

Les particularités de ce milieu peuvent aussi être des difficultés (mais appréciables) au quotidien. 
La barrière de la langue pour communiquer par écrit ou à l’oral peut représenter une difficulté. On ne refuserait pas la présence d’interprètes plus disponibles pour les réunions et les entretiens avec les parents. 
Certains parents se découragent pour participer à la vie de l’école car ils ont perdu confiance en eux et pensent qu’ils ne comprendront rien ou n’apporteront rien de positif à l’école. Mais ils se trompent et c’est difficile de leur faire entendre parfois. 
Il faut être disponible (on compte pas nos heures) pour les parents qui ont souvent besoin de nous pour comprendre les écrits, même hors des mots dans les cahiers de liaison. 
Les situations et les contextes de vie de certaines familles sont parfois difficiles à supporter. On a toujours envie d’aider davantage ces familles dans le besoin ou qui vivent des événements difficiles. 
Par exemple: Ces familles, qu’on connaît bien mais qui n’ont pas obtenu les papiers pour rester en France, sont parfois renvoyées dans leurs pays natal alors qu’elles étaient très impliquées en France. Et parfois, sans même qu’on est eu le temps de leur dire au revoir… 😢
Néanmoins, il faut arriver à être fort et laisser ce qui se passe à l’école à l’école sans l’apporter chez soi. 
Bon à part ceci, je ne cache pas que malgré le fait que je sois dans une école de quartier dit sensible, j’ai plutôt la chance d’être dans une école avec des enfants très mignons, grâce également à une directrice plutôt efficace et une bonne équipe soudée. 
Je suis loin d’être à plaindre ! 

3/ Quels sont  les plus grosses galères qui te sont arrivées et qui maintenant, avec beaucoup, beaucoup de recul, te font plutôt rire?

Je dirais que ma plus grosse frayeur: c’est le jour où j’ai perdu une élève dans le métro. 
Rien que d’y repenser, j’ai mal au ventre. 
Mais plus de peur que de mal, tout s’est bien terminé. 
Mince, j’ai gâché le suspens… 
Depuis l’école de mon quartier, les sorties scolaires se font souvent en métro. 
Donc quand nous partons en sortie en centre-ville, nous constituons des petits groupes avec un accompagnateur repère pour le métro. 
L’aller en centre-ville se fait souvent en dehors des heures de pointe donc pas trop de stress. 
Cependant, le retour, c’est complètement différent. 
Retour dans le métro à 15h45
Passation des consignes.
Vérification des groupes avec les accompagnateurs. 
Et c’est parti, nous nous hissons dans le métro au milieu des foules de gens pressés de rentrer chez eux. 
A trois arrêts de celui de notre école, mon stress commence à s’échapper car nous nous approchons de notre but : le retour à l’école sans incident. 
Mon visage se décrispe, je sourie,  je plaisante avec mes élèves… et là …
un élève d’un autre groupe vient me demander si Sabrina est avec moi … 
J’ai beau chercher, farfouiller, l’appeler  et rechercher… PAS DE SABRINA!!! 
A ce moment, j’ai envie de pleurer. 
L’accompagnatrice du groupe de Sabrina m’explique qu’elle avait voulu laisser sortir une dame avec une poussette qui, très stressée, ne l’avait pas laisser rentrer dans la rame du métro.
Panique à bord du métro toulousain !!!! 
Je ne ris plus du tout. 
On applique, à la règle, le plan d’attaque en cas de perte d’un camarade. 
On sort tous au prochain arrêt et on attend l’arrivée du prochain métro ! 
Heureusement, Sabrina n’a pas paniqué et a aussi appliqué à la lettre les consignes de sécurité.
Nous retrouvons Sabrina. 
Par chance, cette élève n’a pas stressé car c’est une habituée du métro toulousain où travaille son papa… ouf!
Aujourd’hui, nous en rions encore et elle adore me taquiner en me rappelant qu’elle est contente d’être arrivée en CM2 malgré le fait que j’ai tout fait pour la perdre. 
Elle est consciente que j’ai eu la peur de ma carrière (j’espère) et elle aime se moquer de moi. 
J’adore cette complicité avec mes élèves et anciens élèves. 

4/ Quel est ton plus joli souvenir ? 

Je crois que cela ne peut pas être UN SEUL souvenir mais des actions de la vie quotidienne :
– Un enfant qui a le visage qui se transforme car il vient de comprendre et acquérir une nouvelle compétence. 
– Un remerciement des élèves pour le travail ensemble.
– Un dessin, un petit mot d’enfant qui me remercie de le faire rire tous les jours. 
– Un parent qui me raconte que son enfant volait des chocolats chez eux pour me les offrir.
– Un remerciement des parents qui disent que leurs enfants veulent venir à l’école pour voir la maîtresse même quand il est malade.
– Un parent qui me raconte que son enfant a pris goût à l’école et qu’il vient avec le sourire. 
Après, ce qui est formidable aussi, c’est de pouvoir faire découvrir à ses élèves  de nouvelles choses qui changent de leur quotidien. C’est pour cela que les classes découvertes permettent de vivre des moments magiques avec les élèves.
Eux qui pensaient que lors de la classe découverte, nous allions vivre comme dans la télé-réalité, ils n’ont pas été déçus du voyage.
Mais ils sont tous d’accord pour dire qu’ils ont beaucoup plus appris qu’en regardant la télévision. 
Et puis quoi de plus beau que de voir les petits combats du quotidien gagnés avec des élèves qui retrouvent confiance en eux,  qui réussissent et qui sont fiers d’eux-mêmes … 

Le meilleurs révélateur de ma réussite c’est l’épanouissement de mes élèves et la reconnaissance des parents. 

Je crois que moi- même, grâce à eux, j’ai beaucoup évolué et appris à être fière de ces challenges réussis.

5/ Quels conseils aurais tu aimé qu’on te donne? 
Je crois que j’aurais aimé ne jamais entendre d’absurdités sur les quartiers car justement si j’avais fait qu’écouter sans expérimenter, je n’aurais jamais eu la chance de vivre ces petits moments de bonheur que j’ai tous les jours dans le quartier de mon école.

6/ Un petit mot pour la fin ?

Au revoir?
Quand on est professeur des écoles, je crois qu’il ne faut jamais oublier que ce sont les élèves les plus difficiles qui nous apprennent le mieux à enseigner…. et peu importe si un enfant apprend lentement tant que nous l’encourageons à ne jamais arrêter d’apprendre ! 
J’ai aussi envie de faire partager une citation de Nelson Mandela : « L’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde ». 

Voilà j’ai fini avec mon petit côté poète
Et je finirais avec une petite phrase qu’on se dit très souvent entre collègues : 
Et puis, après tout, on est mal payé mais qu’est-ce qu’on rigole !!!
😂 

😘😘😘

J’espère que ce tête-à-tête vous aura plu et qu’il vous aura donné une autre vision de l’enseignement en zone difficile.

J’attends vos retours avec impatience.

Je vous embrasse

Cha

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8 Commentaires

  • Répondre Céline 23 juin 2019 at 21 h 34 min

    Merci Charline pour cette interview si touchante ! Et vive les instits heu les professeurs des écoles pardon 🤣

    • Répondre Charline Mateu 24 juin 2019 at 22 h 21 min

      😂😂😂😂 merci

  • Répondre Christelle La maîtresse 23 juin 2019 at 21 h 54 min

    Olala ! Ça me fait bizarre de me voir là ! Merci cha pour ce superbe tête à tête !
    Mais je me suis limite auto-épuisée en le lisant !
    C’est assez touchant de voir qu’on peut s’intéresser à nous et nos passions!
    Encore merci 😊

    • Répondre Charline Mateu 24 juin 2019 at 22 h 18 min

      Merci à toi de nous avoir fait vivre ta passion 🙏🏻🙏🏻😘

  • Répondre Romanet 24 juin 2019 at 0 h 02 min

    Génialisssimmmme !!!! Fille tellement passionnée et qui se bat pour que la génération qui arrive soit armé pour l avenir. J ai bcp DE RESPECT pour ce métier si dur autant le concours que la suite. Merci à toutes ces maîtres et maîtresses

    • Répondre Charline Mateu 24 juin 2019 at 22 h 17 min

      Merci🙏🏻🙏🏻🙏🏻🙏🏻🙏🏻🙏🏻 🙏🏻😘

    • Répondre Christelle 25 juin 2019 at 7 h 06 min

      💗 merci 😊

      • Répondre Charline Mateu 30 juin 2019 at 22 h 13 min

        merci à toi

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